L'Hypnose J'avais14 ans, quand après avoir potassé nombre d'ouvrages sur l'hypnose je tentais ma première induction dans la cave de mon immeuble… Ce fut un échec bien sûr, mais j'ai essayé et essayé encore, en modifiant ma technique jusqu'au jour où j'ai enfin réussi. Je l'ai ensuite encore perfectionné, ce qui n'était pas trop difficile, car cette aptitude à glisser dans un sommeil hypnoïdale existe chez chaque être humain et même chez les animaux. Il suffit donc d'en connaître le chemin et de guider par la voix, la personne que l'on emmène dans cet état de conscience modifié. Tout le monde est hypnotisable à condition d'être consentant. Sauf les handicapés mentaux incapables de se concentrer bien évidemment. Je sais qu'il existe quantité d'écoles quand on parle de technique. Comme pour la psychanalyse, chaque maître en la matière a eu des élèves qui ont voulu être maître à leur tour, en se spécialisant et modifiant sa technique d'induction. Je ne rentrerai pas dans le jeu des polémiques stériles du genre « l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'os ». Le principe de base est toujours le même et si chacun l'adapte à sa façon, tout le reste n'est que variation sur un thème… Naissance officielle Je vais simplement rappeler l'expérience du Dr James Braid au 19ème siècle, qui après avoir vu dans une foire, un magnétiseur sur une estrade endormir un sujet, alla le trouver après le spectacle, pour le confondre d'escroquerie avec la complicité de ce qu'on appelait un « baron ». Ce jour allait faire de lui un homme célèbre, car s'il n'y avait pas de baron, le phénomène lui était bien réel, et le magnétiseur un homme de bonne volonté qui lui apprit le « truc » tout simple. De retour chez lui un peu incrédule mais tout excité, il expérimenta ce « truc » sur sa femme. C'est-à-dire, qu'il la fit asseoir et lui demanda tout simplement de fixer l'anse brillante d'un sucrier, en cillant le moins possible et sans ne jamais en détourner le regard en attendant son retour. Il quitta la pièce, attendit quelques minutes et rouvrit doucement la porte. Sa femme dormait d'un sommeil profond… La preuve du « truc » était faite, il n'y avait pas de « pouvoir » magique, mais un phénomène psychophysiologique tout simple. Il le développa et lui donna le nom d'Hypnose. Etant chirurgien, il fit même des opérations importantes comme des amputations sous cet état. Plus tard, avec l'invention du chloroforme et de l'éther (plus rapide et plus pratique), l'hypnose fut renvoyée aux oubliettes, rendue aux bateleurs de spectacles et à l'ironie du bon peuple… Nouveau Look C'est le Dr Alphonso Caycedo, médecin colombien et connaissant la technique, qui lui rendit ses lettres de noblesse dans les années 60. Sa femme pratiquait le Yoga et après un voyage en Inde des plus instructif, il fit fusionner l'hypnose et le Yoga pour créer un néologisme et une nouvelle science toute neuve, « la Sophrologie ». Et voilà comment on passe du « magnétisme animal » de Franz Anton Mesmer, aussi appelé « mesmérisme » à l'Hypno-sophrologie moderne en oubliant un peu hélas, le lièvre pourtant capital qu'avait levé le Dr Braid… Enfin… Le « hasard » comme dit le proverbe n'existe pas… Si ce dé (pour l'anecdote, le mot « hasard » vient d'un très ancien jeu arabe qui se joue avec un dé portant le nom de « main de Dieu ». Amusant non ?) roule sur le chemin de notre destin, je dirai que des « agents » de la circulation (dont je parlerai plus tard…) ne chôment pas… Un jour, j'ai eu très envie d'aller plus loin et feuilletant les pages jaunes de l'annuaire, j'ai été consulter une praticienne en Hypno-sophrologie. Je me présentais donc comme un simple client, pour voir comment elle travaillait… Mais si mon stratagème fut vite démasqué par cette femme très perspicace. Ma visite ne fut cependant pas vaine car elle appartenait au GNHF (Groupement National des Hypnotiseurs de France). Unique association qui regroupait nombre hypno-thérapeutes et en assurait aussi leur formation. Elle m'encouragea à m'y inscrire et c'est chaperonné par elle que j'y entrais. Un an de cours sanctionné par un examen théorique et pratique. Le destin cependant, m'y attendait tranquillement au tournant … Entre le président de cette association et moi, le courant était loin de passer… Très loin même… Et c'est grâce à une de ses ultimes « vacheries » qu'une page de ma vie tourna, c'était en 83… Une marche de plus Nous étions nombreux dans cette session où nous avions travaillés très souvent, les uns sur les autres, mais seules 6 personnes furent sélectionnées pour passer cet examen, dont moi. Nous avons été bombardés à tour de rôle et en rafale, de questions sur la théorie par le jury, puis arriva la partie pratique. Elle se passait de la manière suivante, le président choisissait dans la salle, celui ou celle qui serait le « sujet » du postulant… Que l'induction soit bien faite, que le sujet s'endorme et se réveille selon les canons du jury et le candidat était adoubé. J'étais le 5ème à passer sur l'estrade et quand le moment vint pour le président, de choisir celui ou celle qui serait mon sujet dans la salle. Je sentis le piège avant même qu'il se présente… Son choix tomba sur un homme costaud et sanguin (chef d'entreprise, je crois) avec qui personne n'avait même essayé de travailler tant il était évident qu'il était hors de question qu'il se laisse « dominer ». La tête presque rasée, posée par un cou court et puissant, sur des épaules ne l'étant pas moins. C'était pour moi, l'échec assuré qui descendait les marches de l'amphi pour s'asseoir sur l'unique chaise trônant au milieu de l'estrade. J'étais catastrophé… Je traînais les pieds en montant sur l'estrade comme un condamné montant à l'échafaud. C'était râpé… On ne peut endormir qu'une personne acceptant de jouer le jeu et lui, c'était pas un barrage mental qu'il devait dresser, mais un mur en béton armé. Je commençais mon induction verbale sans conviction aucune et d'une voix plate. Je me savais perdant avant même de commencer, mais je devais quand même aller jusqu'au bout de mon échec. Quand soudain je pris conscience de la salle… Je « ressentais » chaque personne de l'amphithéâtre… Tous ceux et celles qui étaient là à me regarder, SAVAIENT que je ne pouvais pas réussir… Et je ressentais leur indignation, leur sympathie envers moi qui acceptait quand même, ce combat perdu d'avance sur une estrade devenue arène… Puis leur envie de me voir réussir… Ce désir coula vers moi comme l'eau d'un torrent grossissant par chacune des personnes devenues ruisseaux et voulant me voir réussir… C'était une force… Une force qui me remplissait à chaque seconde un peu plus. Puis tout changea en une fraction de seconde… Je me sentis bien… Plus de sentiment de défaite, plus trace d'angoisse ou de trac, j'étais serein. D'un calme total mais résolu… Jamais je ne m'étais senti aussi sûr de moi… Aussi confiant et rempli d'une force que je ne possédais pas auparavant (et que je n'ai jamais eu depuis). L'abattement et le fatalisme étaient balayés et je regardais cet homme avec des yeux neufs. Je sentais toujours son barrage mental, mais il ne me semblait plus inébranlable… Ma voix changea, je ne suggérais plus, j'affirmais ! Je sentais littéralement la pression de ma conviction profonde, peser contre la barrière qui me séparait de cet homme. Chaque mot que je prononçais devenait une masse frappant ce mur qui je le sentais, s'effritait de plus en plus… pour céder enfin sous la pression de cette force qui m'habitait… Le regard de l'homme, se voila, ses yeux se fermèrent et il s'effondra sur la chaise… Je continuais l'induction d'une voix plus douce puis le réveillais… La salle applaudit spontanément, ce qui me fit sursauter, car je ne savais pas moi-même ce qui venait de m'arriver… Mais si j'avais réussi l'examen, j'étais plongé dans la perplexité… Que m'était-il arrivé ? En fait, j'avais franchi une étape supplémentaire dans mon empathie et de niveau de conscience. Mais je ne l'ai compris réellement que bien plus tard… Toujours est-il que j'ai continué à pratiquer, toujours en dehors de mon travail principal pendant plus d'une dizaine d'années, cherchant dans chaque séance, chaque expérience, non seulement à aider celui ou celle qui faisait appel à moi… Mais surtout à avancer plus loin… Pour comprendre ce qui pour beaucoup, n'existait pas… J'avais tellement de choses à apprendre et à comprendre… Tellement… Je n'ai levé le pied que quand je compris au fil des séances et de ce qu'on appelle les anamnèses (analyse avec le sujet, de la nature de son problème) qu'un symptôme dérangeant n'était le plus souvent qu'une manifestation névrotique d'un problème psychologique interne. Et que si l'on « effaçait » ce symptôme, la névrose qui est n'oublions pas une soupape de sécurité, pouvait se manifester en lâchant la « pression » ailleurs et de manière différente, parfois peut-être plus grave… D'ailleurs, j'avais un rendez-vous avec les moments les plus terribles et importants de ma vie… |