La conscience Ouvrir les yeux Un jour comme les autres, il y a longtemps… J'allais chercher ma femme à son travail et regardais distraitement défiler de part et d'autre de la voiture, le paysage habituel de champs et de bois. A un moment, je ressentis soudain l'impression stupide, d'ouvrir les yeux (alors qu'ils étaient déjà évidemment bien ouverts) et que je voyais enfin… Je passais pourtant plusieurs fois par jour sur cette route, sans jamais rien remarquer de particulier depuis des années. Mais je regardais comme si c'était la première fois. Semblant encadrer la route telle une garde royale, je voyais se dresser les hautes et majestueuses murailles vertes, des arbres de la forêt. Des fleurs multicolores éclaboussaient leurs fondations de lumière, et il émanait de tout cela, une aura, une véritable radiance… Je n'ai rien d'un poète, j'en suis même aux antipodes. Mais la majesté et la beauté presque insoutenable de ce que je voyais, me bouleversèrent et une émotion extrême m'arracha un gémissement. Des larmes jaillirent de mes yeux et je regardais… regardais encore en essuyant mes larmes, n'en croyant pas justement mes yeux… Tant de puissance, de force tranquille, de vie et de beauté me serraient le cœur. Je ressentais de tout cela comme un puissant message d'amour… Comment ai-je pu vivre jusqu'à maintenant sans remarquer cela ? Invraisemblable ! Remué jusqu'au fond de l'âme, j'ai raconté à ma femme ce que je venais de vivre. Elle me répondit simplement qu'elle admirait la beauté de la nature et des cadeaux quelle nous faisait, mais bon… Elle ne me comprenait pas vraiment, et je dois avouer que moi non plus. Cela n'est plus arrivé que très rarement (et moins fort, heureusement), mais cela m'arrive encore de temps en temps, comme des moments fugaces de lucidité où je m'émerveille, avant de retomber dans la routine…
Cadeau Tout a fait différent et plus d'un an plus tard, mais encore dans le même contexte de départ, en allant chercher ma femme à son travail… Je roulais l'esprit vaquant, quand une sensation curieuse mobilisa mon attention, je me sentais dans mes chaussures… Oui, j'admets que cette affirmation peut sembler idiote… Se sentir dans ses chaussures. Ca rappelle « se sentir à l'aise dans ses baskets ». Mais ça n'avait rien à voir, je sentais avec une grande acuité, mes pieds dans mes chaussures, et prenais conscience de ce fait, de la texture, la constitution de mes chaussures autour de mes pieds. J'étais désorienté et tentais d'analyser cette sensation grotesque, quand cela s'amplifia. Je me sentais dans ma voiture avec cette même conscience, je faisais partie de la voiture tout en restant Moi ! Puis ce fut la route, les graviers, l'herbe, les champs, les arbres. J'étais également tout cela, je me sentais être la cellule de chacune des feuilles de chaque arbre, de chaque brin d'herbe. Je participais à leurs fonctions vitales… Je faisais partie de tout et tout faisait partie de moi. Puis j'étais au-dessus de la voiture, flottant en tournant le dos à l'axe de la route. Tout en continuant d'avoir une conscience totale de tout, je tendais mes bras semi levés comme répondant à un appel qui venait à la fois « d'en haut » et du plus profond de moi. Il n'existe pas de mots pour expliquer véritablement, ce que j'ai ressenti. C'était comme si quelque chose descendait en moi en commençant par la tête pour descendre jusqu'aux pieds. C'était comme une force attentive, à la fois puissante et tendre. J'avais conscience d'une sorte de ligne horizontale, comme une frontière qui me traversait lentement du haut vers le bas en épurant mon corps. Là où la ligne était passée, mon corps resplendissait d'une blancheur immaculée, était « pur ». Sous cette ligne, était refoulé tout ce qui était noirceur, soucis, contraintes, angoisses, sentiments d'humeur rentrés, bref toutes formes de négativités, comme un bourrelet de saletés noires. Au fur et à mesure que cette ligne descendait, je me sentais envahi par une paix immense et une plénitude totale et là où elle n'était pas encore passée, je ressentais une sensation atroce impossible à exprimer. Puis ce fut fini, j'étais merveilleusement bien débarrassé de cette boue. Je me sentais enfin TOTALEMENT MOI ! Je baignais dans cette force sans condition, vibrant de ce qu'elle me donnait, Amour, Force, Tendresse infinie et… Humour. Mais ce que je me rappelle surtout, c'est ce formidable sentiment de soulagement, de libération de ce que j'étais AVANT ! Comme un prisonnier enfin libéré, d'une prison obscure. Je ne peux pas dire combien de temps cela a duré, car j'étais hors du temps. Mais d'un seul coup, je me suis retrouvé au volant de ma voiture roulant toujours bien sagement sur la nationale. Je me sentais bien, calme, serein, et ne me posais pas de questions. Seule en moi, une certitude était. J'étais là où je devais être en cet instant, là et maintenant. Mais j'avais hâte… Cela fait bien longtemps maintenant, Mais c'est comme si c'était hier. Tout est gravé en moi de manière indélébile. Le seul réel changement est que je n'ai REELLEMENT, plus peur de la mort, car pour le reste, je galérais et faisais des conneries comme tout le monde, mais j'apprends… |